Polémique ici ou là à propos d’une photographie de François Hollande, parue ce 15 mars dans le quotidien Libération. Le candidat, photographié par Sébastien Calvet, qui tient un blog passionnant sur les coulisses de ses prises de vues, n’y est en effet pas à son avantage.
Des réactions ont donc parcouru la petite sphère médiatico-politique, critiquant ce choix de photo dans Libé.
Je passe vite sur le fait que la première photo que l’on trouve sur Google images en faisant une recherche « François Hollande » est celle-ci.
En fait, il semble que les photos peu avantageuses de François Hollande ne soient pas perçues de la même façon, selon le jour de leur parution où le journal.
Je vous propose de découvrir la sublime photographie montrant M. Hollande, lors de sa visite en Pologne le 9 mars dernier, publiée en noir et blanc, dans Le Monde du 11-12 mars. (1)
Diriez-vous que cette photo:
a) avantage François Hollande et met bien en valeur sa compagne Valérie Trierweiler?
b) met bien en valeur le froid, le temps maussade, les chapeaux tendance en Pologne et la fatigue du candidat?
Cette photo, à l’origine en couleur, fait partie d’une série qui a été prise lors de la visite de M. Hollande au mémorial du ghetto de Varsovie, par le photographe Jean-Claude Coutausse pour Le Monde.
D’ailleurs, c’est une autre photo du même Jean-Claude Coutausse qui illustre l’article sur le site du Monde.fr. Elle n’est pas davantage à l’avantage du candidat, car quelques minutes séparent les deux prises de vues, et la seconde nous permet de confirmer le temps maussade ainsi que la fatigue.
Une troisième photo issue de la même série existe. Tout aussi réjouissante, avec un cadrage qui se discute.
Alors, difficile de replacer ce lieu dans son contexte, « hors les murs ». Toutefois, lors d’un discours prononcé ensuite, M. Hollande a fait remarquer que, dans la muraille, se trouvait une fente, avec un arbre derrière, une « ouverture« , « un espoir« .
L’ouverture et l’arbre sont à découvrir sur cette photo, prise à une autre saison, qui montre un environnement légèrement moins hostile, même si ce lieu de mémoire – en l’occurence l’emplacement de l’ancienne gare du ghetto de Varsovie – est obligatoirement austère.
Mais, revenons au 9 mars,. Surprise! Une photo beaucoup plus joyeuse et colorée, existe. Il s’agit de la poignée de mains entre le président de la Pologne, Bronislaw Komorowski, et François Hollande.
Posée, convenue, officielle, certes. Mais très minoritaire dans l’utilisation qui en a été faite pour illustrer le séjour de François Hollande en Pologne. On ne la retrouve que sur deux sites.
En fait, l’explication est simple. Le voyage en Pologne du candidat François Hollande a rapidement été considéré comme un échec, un déplacement au rabais. Il n’a pas en effet pu rencontrer le premier ministre polonais, qui détient le pouvoir exécutif. Le contexte était particulier, puisqu’un article du journal allemand Der Spiegel du 4 mars, largement repris (2), avait évoqué une entente entre des dirigeants européens pour ne pas recevoir le candidat socialiste. L’information avait été démentie par Angela Merkel.
Ainsi, les images de ce séjour en Pologne se devaient de confirmer cet isolement. Sur la photo de Jean-Claude Coutausse, M. Hollande, le visage crispé est au bord du cadre, son bras droit et son visage en partie coupés.
Bien entendu, il ne s’agit pas pour moi de prétendre que François Hollande aurait dû avoir l’air jovial lors de la visite de ce mémorial, même si une autre photo prise au même endroit semble prouver que ce fût aussi le cas.
Mon interrogation se situe à deux niveaux :
Dans la famille « Je décide de vous montrer »:
il y a d’abord le photographe, et son intention quand il cadre de cette manière. Il a forcément à l’esprit la polémique suscitée par l’article du Spiegel. Il cherche à souligner l’isolement du candidat en l’isolant dans son cadre, comme cet autre photographe l’a fait, toujours le 9 mars.
Mais ce ne serait que l’expression de la liberté du photographe, ainsi que l’explique Sébastien Calvet sur son blog : « Le politique ne serait pas à son avantage. Mais mon travail n’est pas de le mettre à son avantage. Mon travail est de décrire une réalité. »
Une réalité cadrée, donc choisie.
Dans la famille « Je décide de vous montrer », il y a ensuite le chef du service photo et le rédacteur en chef du journal, qui illustrent l’article et le plus souvent le titre de l’article avec une photo. Le titre du Monde évoque t-il une « visite tronquée de François Hollande à Varsovie »? Visite tronquée? Visage tronqué.
Depardieu urine dans un avion? The Times du 18 août 2011 met à la une une photo de l’acteur tenant un verre de vin, le regard sujet à interprétation. DSK accusé d’avoir harcelé des hôtesses de l’air? VSD du 11 août 2011 nous montre le sourire sujet à toutes les interprétations de DSK, regardant par le hublot.
L’image – ce n’est pas un scoop – souligne ou surligne de plus en plus souvent le titre.
Mais en fait, ce qui dérange peut-être le plus dans l’image de Sébastien Calvet, tout comme dans les images du mémorial de Varsovie, c’est le visage fatigué de François Hollande.
Un candidat à la présidentielle peut apparaître grave ou ridicule sur des photos prises à la volée, cela aura toujours moins d’effet qu’un visage cerné, ridé, vieilli. François Hollande aura 58 ans cette année. Il reste dans nos mémoires les mots que Lionel Jospin avait prononcés en mars 2002, décrivant un Chirac « vieilli », « usé », fatigué.
Les candidats doivent, même épuisés par le rythme de la campagne, non seulement avoir des idées, mais plus que tout être en forme. Ca nous rassure, quelque part, cette énergie, cette combativité, cette vitalité. Nous ne l’avons pas tous les jours. Eux sont censés l’avoir. Nous nous y projetons, consciemment ou non. Déjà nombreux à être tentés par l’abstention, irait-on voter pour un candidat dépressif, neurasthénique, éreinté avant même de débuter le quinquennat?
Le pouvoir des images et le pouvoir tout court ont une force insoupçonnnée.
(1) La photo scannée est de moins bonne qualité que l’originale imprimée dans l’exemplaire du Monde, car le scanner a fait apparaître le grain du papier.
(2) Nota : la photo qui illustre l’article de Slate.fr, intitulé « Un pacte anti-Hollande? Merkel dément » montre une poignée de mains en gros plans. Il s’agit d’Angela Merkel et de David Cameron en novembre 2011, comme le montrent ces deux images l’une en dessous de l’autre.












livio
1 year ago
J’aime tes analyses pertinentes. La prochaine, traitement de l’info sur le tueur de Montauban? une infamie la place et la forme que prend cette info.